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Alexia Weill : “J’ai toujours des idées”

Chloé Vallot 23 juillet 2020
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© Alexia Weill

Artiste franco-suisse et globe-trotteur, c’est par la sculpture qu’Alexia Weill s’exprime et s’engage sur l’égalité des genres.

Pouvez-vous vous présenter et exposer votre parcours ?

Je m’appelle Alexia Weill, je suis franco-suisse : je suis née à Paris et j’ai grandi dans une famille d’artistes. Après mon baccalauréat, j’ai fait une école de réalisation audiovisuelle, mais j’étais très attirée par les Beaux-Arts. J’y ai donc pris des cours du soir. Il y a une quinzaine d’années, j’ai déménagé en Suisse et j’ai réorienté ma première carrière pleinement sur la création artistique, en faisant des expositions de mes sculptures. Je me suis développée en Suisse, et aussi à l’international ces deux dernières années : j’ai été exposée à New York, à Dubaï, en Angleterre, en Espagne… Mais cette année, avec la crise sanitaire, tout ça s’est arrêté net.

Pourquoi avoir choisi la forme du cercle pour vos sculptures ?

C’est une forme que j’ai commencé à travailler il y a cinq ans, lors d’une exposition à Lausanne où l’art était transporté dans la ville, et où les sculptures y étaient visibles sans avoir à pousser la porte d’une galerie, ce que je trouve génial. Le cercle est pour moi la forme géométrique la plus parfaite. Aussi, elle est très symbolique : depuis la nuit des temps, l’homme trace des cercles, souvent symbole de l’ordre cosmique. Avec le cercle, j’ai continué à explorer le côté rond, que j’avais déjà dans mes anciennes sculptures ; pour moi, il y a une certaine chaleur qui se dégage du cercle. Je peux expérimenter toutes sortes de formes selon mon inspiration et graver des symboles, en espérant que les gens ressentiront ce que j’ai voulu exprimer. Une énergie assez intemporelle se dégage du cercle, car il représente l’infini, le renouveau…

© NereaNara

Pourquoi avoir choisi la pierre comme matériau ? Pensez-vous tester d’autres matières dans le futur ?

J’ai découvert la taille de pierre en Suisse et dans le sud de la France. Je me suis passionnée pour cette matière, car j’ai ressenti une sorte de dialogue : elle m’inspire une forme, que je retranscris dans la pierre, pour la magnifier. C’est comme si je donnais à la pierre une nouvelle vie. J’ai remarqué que cet aspect est important pour moi. On peut travailler toutes sortes de pierres, qui ont leur personnalité ; quand je travaille, je ressens un profond respect de la matière, du règne minéral. Il s’agit de matériaux vivants qui gardent en eux une forme de mémoire de notre planète, ce qui est très inspirant pour moi. Concernant d’autres matériaux, j’ai également commencé à réaliser des sculptures en bois et en résine pour expérimenter la création avec le végétal.

En commençant une nouvelle œuvre, avez-vous peur de vous répéter ?

Je dois dire que je n’ai jamais cette angoisse : j’ai tout le temps des idées. Ce que je fais, c’est que je dessine beaucoup, de manière à garder les idées si je ne peux pas les réaliser tout de suite. Quand je suis en période de pure création, j’attends d’être à l’atelier, après avoir sélectionné la pierre, pour laisser venir l’inspiration et commencer à sculpter. C’est un moment magique à l’atelier… Il m’arrive souvent d’avoir des visions de l’œuvre terminée ; il s’agit donc ensuite de réaliser le chemin, parfois long mais intense en émotions, pour arriver à cette image que j’ai perçue. Je travaille aussi sous une autre forme, où je réalise préalablement beaucoup de croquis, une sorte de matrice sans avoir le support de la pierre avec moi. Ensuite, je me sers de ce travail pour sculpter des maquettes. J’ai notamment réalisé ce genre de travail pour Nestlé, avec quinze sculptures sur le thème du cercle vertueux.

© Alexia Weill

Vous êtes active au sein de plusieurs organismes qui promeuvent l’égalité des genres : est-ce un engagement important dans votre démarche artistique ?

Tout à fait. C’est très important pour moi, d’abord car j’ai toujours travaillé dans le milieu artistique, et j’ai donc toujours évolué dans un milieu plutôt masculin. J’ai rapidement vu, en tant que femme, qu’il y avait des inégalités, notamment au niveau des salaires. En arrivant en Suisse, j’ai adhéré à l’association Business Professional Women, qui organise “l’Equal Pay Day” depuis onze ans. Très rapidement, je me suis engagée en tant qu’artiste en réalisant des œuvres sur ce thème. Pour moi c’est important de continuer à militer car ces inégalités existent, le domaine de l’art n’y fait pas exception. Mon but est de communiquer, notamment avec la jeune génération ; et l’art peut être un très beau support pour ce faire.

Avez-vous des projets pour le futur proche ?

J’ai une exposition d’été qui se tient à Vevey, en Suisse à la halle Inox, dans les anciens Ateliers de constructions mécaniques, où je présente mes sculptures. Je termine aussi l’aménagement d’un giratoire avec sept sculptures de moutons dans mon style circulaire, en marbre, pour la commune de Saint-Légier (le lieu-dit de La Bergerie) ; ce travail sera inauguré officiellement fin août. Pour le futur proche, je travaille de nouvelles pièces en bois et résine en collaboration avec ma galerie de New York, Uncommon Beauty Gallery. En espérant pouvoir m’y déplacer pour des expositions l’année prochaine. J’ai aussi une exposition prévue au Japon en 2021 qui devait avoir lieu cette année mais qui a été reportée. Je travaille également sur d’autres projets artistiques en Suisse qui verront le jour courant 2020-2021, la création ne s’arrête jamais !

Plus d’informations sur le site internet d’Alexia Weill.

Propos recueillis par Chloé Vallot

 

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